Le langage du « Sexe-Positif » – 3

Suite de l’article « The Language of Sex-Positivity » de Charlie Glickman.

Pourquoi devenir « Sexe-Positif » ?

Il y a plusieurs raisons pour vouloir se mettre à la sexe-positivité. Premièrement, et d’une certaine façon, c’est le plus important, ça nous permet d’arrêter de remettre en question notre propre normalité. Lisez n’importe quel colonne de magazine ou livre au sujet de la sexualité et vous verrez deux types principaux de questions, bien que certaines puissent appartenir aux deux catégories. Les premières portent sur la technique – ou les compétences – et sont des variations de la question « Comment fais-je… ». Les réponses se lisent bien souvent comme des sections de livres de cuisine ; essayez ce lubrifiant, cette position, cette modification, et voyez si ça aide. Le second type de question peut se résumer à « Est-ce normal ? ». Parfois, cela fait référence à la personne qui pose la question et parfois à son ou ses partenaire-s, mais la question de la normalité en est tout de même à la base. Dans un monde sexe-positif, cette seconde question cesserait d’avoir une quelconque signification, puisque nous serions chacun normaux pour nous-mêmes. C’est normal pour moi d’aimer le chocolat au lait et pas le chocolat noir, alors que c’est l’inverse pour d’autres. Cela ne signifie pas que je suis normal, mais cela signifie qu’aimer le chocolat au lait est normal pour moi et que je n’ai pas besoin de me comparer à qui que ce soit d’autre à ce sujet. Dans un monde sexe-positif, il pourrait être normal pour vous d’aimer le sexe oral plus que la pénétration ou les massages érotiques plus que les baisers et vous ne ressentiriez jamais le besoin de vous faire aider à ce propos. La gamme de l’expression sexuelle est plus vaste que ce que nous pouvons vraiment appréhender et le mythe de la normalité ne nous en octroie qu’une maigre part. Dans un monde sexe-positif, cela n’arriverait pas car la sexe-positivité nous débarrasse des préoccupations liées à la normalité, au moins tant qu’il est question de sexe. Nous avons chacun une sexualité normale, et le fait que la mienne puisse ne pas être similaire à la vôtre devient problématique uniquement si nous voulons trouver quelque chose que nous aimons faire tous les deux. La sexe-positivité signifie que l’on n’a pas à être comme quelqu’un d’autre.

Deuxièmement, la sexe-positivité c’est relaxant. D’une certaine façon, la sexe-négativité c’est comme avoir une blessure. On marche en claudiquant d’un côté, on restreint ses mouvements et on peut même nier que c’est en train d’arriver. Apprendre à guérir, étirer les muscles, faire de la rééducation, tout cela fait mal mais une fois qu’on a fini, on trouve une liberté de mouvement qui étonne et ravit. Mettre de côté la sexe-négativité est un phénomène similaire. C’est un processus lent, avec des retours en arrière, et beaucoup de nouvelles compétences et habitudes à apprendre, mais une fois que ça fonctionne, nous sommes tellement plus relaxés.

Troisièmement, la sexe-positivité nous permet d’arrêter de nous angoisser pour des choses comme le nombre trop important ou pas assez important de partenaires qu’on a eus, ou s’il s’agit de partenaires du « mauvais » genre sexuel. Quelle différence cela ferait-il de savoir combien de partenaires vous avez, à quel genre ils appartiennent, ou encore à quoi ressemble votre relation, du moment que chacun est heureux ? Devenir sexe-positif nous aide à nous rapprocher de ce monde, à la fois parce que nous pouvons créer un microcosme de sexe-positivité, et parce que ça présente un exemple plus facile à suivre pour d’autres.

Enfin, la sexe-positivité nous aide à obtenir ce que nous voulons en nous permettant d’essayer l’équivalent de nouveaux plats. Allez dans un nouveau restaurant, achetez un nouveau livre de cuisine, vous pourriez être surpris par ce que vous aimez. C’est particulièrement important dans la mesure où nos corps changent. La vision de la sexualité dans notre société n’admet pas le vieillissement, l’invalidité, les effets des médicaments, la santé en évolution ou une myriade d’autres questions qui affectent notre sexualité. En réalité, nous nous disons à nous-mêmes qu’il n’y qu’un seul type de nourriture dont nous avons besoin et une seule façon de la manger. Non seulement cela peut devenir très ennuyeux, l’ennui étant un des problèmes les plus courants auxquels font face les couples de longue date, mais cela revient à ignorer que nous changeons avec le temps. Peu d’entre-nous mangent la même chose à 16 ans et à 40. Pourquoi notre sexualité n’évoluerait-elle pas non plus ? La sexe-négativité ne prend pas cela en compte et en conséquences cela fait souffrir inutilement des millions de personnes. (Demandez à n’importe quel-le sexologue ou thérapeute de couple si vous ne me croyez pas.)

En fait, il y a autant de raisons de se mettre à la sexe-positivité que de gens disposés à le faire. Ce qu’ils ont tous en commun, c’est cette volonté de créer un rapport à la sexualité plus positif que ce que nous avons déjà.

La suite de l’article au prochain épisode.

Partie 1
Partie 2
Partie 4
Partie 5

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6 réflexions sur “Le langage du « Sexe-Positif » – 3

  1. Mazette, sous couvert de parler cul, je trouve le propos de ce très long article très mature et très actuel. Car qui ne souffre pas de se sentir « pas assez bien » dans ce domaine sous la pression du partenaire qui attend des choses différentes, plus techniques et qui ne correspondent pas forcément à ce que l’on aime. Longtemps j’ai cru que je n’étais pas « normale » car je ne répondais pas à l’attente de mon mec pour qui je ne faisais pas assez d’effort alors que mine de rien, j’avais fait des concessions. Plus ses exigeances augmentaient, plus l’image que j’avais de moi se dégradait. Et quand il m’a larguée pour une fille à la réputation sulfureuse de mangeuse d’homme, il m’a fallu de longues années pour restaurer mon image de moi dans ce domaine (image qui avait souffert dans l’expression totale de ma féminité). Bref, j’ai connu la sexe-négativité, de mon fait et du fait de mon partenaire. Ben c’est pas cool du tout parce que ça touche tout ton être… Bref, encore merci chère Gulby, cet article mériterait d’être lu par tout le monde !

    • J’espère que tu es maintenant pleinement consciente que ta sexualité est parfaitement normale POUR TOI et qu’il suffit simplement d’accorder tes violons avec quelqu’un qui aura le même genre d’appétits ! :3

      Je suis bien contente si ça peut servir de l’avoir traduit ! xD (Ceci dit, j’ai beau regarder, j’ai eu un p’tit pic de consultation, oui, mais pas la panacée… Je vais aller remettre le lien sur le blog de Maia Mazaurette, dans les commentaires, dès que j’aurai fini la traduction de l’article complet… xD

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