Humiliation sexiste dans la cour de récré

Vous allez dire que je n’ai aucune imagination. Que je comble les vides. Et vous aurez peut-être raison. Mais ces articles sont vraiment intéressants… Donc, voilà un nouvel article, d’un autre auteur cette fois, une mère de famille, Airial Clark, qui nous conte une discussion avec son fils, au retour de l’école. L’article original : Slut-Shaming on the Playground, par Airial Clark sur magazine.goodvibes.com.

Mon fils aîné a actuellement onze ans et outch… La sexe-négativité augmente exponentiellement. C’est un système de valeur pernicieux, comme une vigne rampante ou un pore suintant. Mon fils s’inquiète de savoir quand est-ce qu’il recevra son premier baiser. Il y pense beaucoup. Je n’étais pas tout à faire sûre de savoir à quel point cela lui importait que certains de ses amis en soient déjà à l’étape du baiser alors que lui n’y est clairement pas.

« M’man, je suis un nerd*. » m’a-t-il dit alors qu’il grimpait à l’arrière de la voiture. Il avait l’air résolu. Un peu comme si un genre de contrat avait été scellé et que tout ce qu’il reste à faire soit d’accepter les conséquences. Mais, vraiment, être un nerd ne l’avait jamais préoccupé auparavant. Sa version du nerd est un peu arrogante. Mais aujourd’hui, rien de tout ça, « les filles ne m’aiment pas. Je suis trop nerdy. Je ne suis pas assez cool. Pas dangereux. Pas s… ». Et c’est là que le flot de paroles s’interrompt brusquement.

« Étais-tu sur le point de dire sexy ? Tu t’inquiètes de ne pas être attirant sexuellement ? Sincèrement, E., es-tu supposé être attirant sexuellement en classe de CM2 ? »

« Certains le sont ! »

« Ah ouais ? Et qui ça ? »

Après m’avoir fait promettre que je n’appellerai pas l’école et que je n’en ferai pas un fromage, il m’a confié que certains de ses camarades de classe s’embrassaient après l’école. Il m’a alors parlé d’une fille de sa classe, Z., et du fait qu’elle a embrassé trois garçons cette année, « trois, M’man, t’imagines ? Et tout le monde le sait. Elle embrasse qui elle veut et sa sœur est tellement gênée. Je ne la blâme pas, je serais humilié si ma soeur se conduisait comme ça ! Purée. »

Attendez ? Quoi ? C’est là que ça devient intéressant pour moi en tant que parent sexe-positif. Mon fils vient juste de passer du souhait d’être sexy à l’humiliation d’une fille parce qu’elle l’est ? J’ai remonté mes manches et me suis préparée à faire un peu de déballage.

« Hum, et au sujet des garçons qu’elle embrasse, devraient-ils avoir honte également ? Elle ne s’embrasse pas toute seule… »

« Hé bah, non, heu, ils se laissent faire. C’est comme si elle les poussait. Elle est puissante. »

« Donc tu ne penses pas qu’ils veulent l’embrasser. Ont-ils l’air mal à l’aise ? Est-ce qu’ils disent non mais qu’elle le fait quand même ? »

« Heu, non, ils ont l’air plutôt content. Les deux premiers garçons ont arrêté d’être amis après qu’elle a embrassé le second. »

Essaye de ne pas lever les yeux au ciel. Essaye de ne pas lever les yeux au ciel. Essaye vraiment vraiment fort de ne PAS lever les yeux au ciel. Inspire profondément. Je continue, « donc, d’accord, elle n’a pas l’air de les pousser à l’embrasser, donc peut-on supposer qu’ils veulent l’embrasser autant qu’elle veut les embrasser ? À moins que tu aies vu ou entendu autre chose ? »

« Ouais, je pense que oui, d’accord. Mais quand même, M’man, tu crois pas que trois, c’est beaucoup pour une fille ? C’est ce que sa sœur a dit. »

« Poussin, je ne m’inquiète pas au sujet de la sœur, je m’inquiète parce que tu es en train de juger quelqu’un pour ses actes alors que tu souhaite faire la même chose, et je suis aussi un peu en colère que tu le fasses parce que c’est une fille. »

« Oh. »

« Les gens évoluent à des vitesses différentes. Les gens sont à l’aise avec leur corps et leur intimité à différents moments. Tu n’y es pas encore et il n’y a aucun souci à cela. Tu le seras quand le moment sera venu pour toi. Si j’étais sa mère, serais-je un peu inquiète par rapport à son comportement ? Oui, mais pas parce que c’est une fille : parce qu’elle est jeune. Je voudrais être sûre d’avoir eu avec elle toutes les discussions que toi et moi avons eues. »

« Alors, c’est si évident que je suis jaloux ? » réplique l’ego déconfit.

« Hum, oui. Majoritairement. Tu t’inquiètes de savoir quand est-ce que tu seras prêt, tu t’inquiètes de savoir si une fille t’aimera, tu es énervé parce que cette personne de ta classe fait ce que tu ne peux pas faire, et tu es probablement un peu furieux qu’elle ne le fasse pas avec toi. » Est-ce que je viens de désamorcer l’humiliation sexiste pour les onze prochaines années ? Oui, je pense que oui.

C’eut été facile pour moi de diaboliser le comportement de cette fille de sorte de le réconforter et aussi d’essayer de contrôle son futur comportement sexuel. L’humiliation sexiste est un outil qui a fait ses preuves dans notre culture. Nous l’utilisons sous prétexte d’empêcher nos enfants de faire des choses sexuellement inappropriées. Mais est-ce que ça marche ? Non. Est-ce que ça fait bien plus de mal que de bien ? Oui. Je ne veux pas élever un misogyne hypocrite et au jugement facile. Ce qui veut dire que je me dois d’avoir ces conversations avec lui MAINTENANT, et pas quand il aura 21 ans et sera à l’université.

J’apprends que ce qui va mal dans la chambre étudiante commence dans la cour de récré. Et maman ne laissera pas passer ça.

*nerd : en France, désigne les fanatiques d’informatique, asociaux et peu enclins à vivre en communauté. Généralement célibataires, peu aimés, voire moqués. Traduit dans Reverso.net par « ballot ».

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13 réflexions sur “Humiliation sexiste dans la cour de récré

  1. Très intéressant, notamment dans l’optique de réfléchir au dialogue qu’on peut avoir avec ses enfants.
    Si on peut donner à ses enfants un sens critique et un recul tel qu’il manque manifestement à tous aujourd’hui, si on peut être pour eux ce repère impartial qui les aidera, alors, en plus d’avoir fait une bonne action, nous auront peut être contribué à leur futur bonheur.

    • Oui, c’est tout à fait ça. Arriver à surmonter la facilité, et essayer d’être toujours le plus impartial et objectif possible. Difficile, mais tellement sain.

  2. Tellement sain, et tellement impossible !
    Petit papa gâteau que je suis, j’essaie, tant bien que mal de mettre de côté mes préjugés concernant le sexe, mais aussi la religion, ou la politique (oui, ma gamine a 5 ans, on parle déjà sexualité et religion. Pour la politique, j’essaie de ne pas être injurieux quand elle est dans les parages et que j’entende -encore- une info déplaisante sur les ondes libres ). Chassez le naturel, il revient au galop !
    Je déglutis bêtement quand elle m’annonce qu’elle se marier avec une fille, ou quand elle me parle du petit jésus (mettre ses gosses dans le privé quand on est athé, un sacerdoce ! ).
    Cela dit, c’est beau. C’est ce vers quoi on devrait tendre. Et j’essaierai d’y penser quand elle me présentera son premier copain, que je n’aimerai sans doute pas. Normal, j’suis son père et elle n’aimera que moi !

    • Elle t’a dit qu’elle voulait se marier avec une fille ? :D Comme c’est trognon !!! :D Ceci dit, dans ton cas, c’est un peu normal que tu aies du mal à rester neutre. T’as pas un métier facile. ^^

  3. Jolie théorie, à voir si elle peut réellement se mettre en pratique! On a beaucoup d’idéaux sur la manière dont on devrait éduquer ses enfants, mais je pense qu’on n’apprend réellement à se connaître que sur le terrain!

    • C’n’est pas faux non plus ça, mais disons qu’au moins, avoir conscience de ce mode d’éducation, et essayer de faire de son mieux pour l’inculquer à sa progéniture, c’est déjà un bon commencement pour avoir l’espoir d’y arriver un jour. ^^

      « Ad augusta per angusta », telle est ma devise.

  4. Ben ça laisse à réfléchir. Je suis convaincue qu’on est tous plein de préjugés et qu’on s’en rend même pas compte, qu’on lâche régulièrement des bombes sexistes et puritaines sans même y réfléchir. C’est ancré en nous, dans notre éducation basée sur la religion catho, ben oui, même les athées ont été éduqués sur ce modèle en France… Maintenant, en ce qui concerne l’éducation de nos propres enfants, je crois que le chemin est semé d’embûches et qu’on ne peut que faire des erreurs (en même temps, il va falloir se mettre un jour dans la tête qu’on ne peut pas être parfait, it is not possible !!). A nous de faire notre possible pour que nos enfants puissent ensuite réfléchir par eux-mêmes, ce sera déjà pas si mal. En tout cas, encore un excellent article Mme GULBY !

  5. Je n’ai fait que le traduire, et en plus en allant le chercher sur Sexactu, mais j’suis bien contente que ça plaise ! :D

    Pour les enfants, bien sûr qu’on ne peut pas être les parents parfaits qu’on souhaiterait être, mais on peut au moins avoir des principes clairs et constants et les éduquer avec le maximum d’objectivité dans notre regard sur le monde, et des règles carrées. J’ai grandi sans limites, et c’est quelque chose qui a toujours fait défaut dans ma construction personnelle. Non pas que ça soit agréable d’en avoir, mais c’est essentiel.

  6. Un enfant à qui tu mets des limites aura plus de respect pour toi que si tu ne lui en mets pas. C’est le B-A-BA. J’ai pas d’enfant mais mes amis en ont et c’est flagrant. Il faut simplement trouver la juste limite. Perso, j’aurai peur d’être un vrai tyran en tant que mère, ça me fout une trouille pas possible.

  7. Mais non, mais non… Sauf si c’est un choix de ne pas en faire. ^^ Quoiqu’il en soit, je te souhaite plein de bonheur, zeWookie, tu le mérites.

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