La déprime hivernale

Quand arrivent les premiers frimas, que le bout de mes oreilles commence à rougir ; quand je dois me résoudre à ranger les lunettes de soleil dans le placard et à en sortir la paire de moufles-mitaines (c’est pas comme le croque-mitaines, c’est ces mitaines qui ont un ajout cousu au gant, et qui permet, quand il fait trop froid, de les transformer en moufles) ; quand, enfin, j’ai plus que jamais l’impression d’être une vampire errant la nuit dans les rues en quête de chaleur humaine, c’est le glas de ma bonne humeur qui sonne au loin.

Que l’on ne s’y trompe pas : j’adore l’hiver. Surtout quand le reste du monde (le monde, ouais) est emmerdé par la neige et que moi, je m’amuse à sauter à pieds joints dedans, à faire de larges pas pour y laisser mes traces, à contempler ce blanc d’abord immaculé, scintillant, se transformer ensuite en bouillie noircie du fait de la circulation et de la pollution. La neige, c’est beau. La pluie aussi, mais ça mouille plus (le feuuuu ça brûuuuhuuuule, et l’eauuuu ça mouiiihouuuuiillle, touuuus les zoiseauuuuuuuuheauuuux volent dans le ciiieeeeeeeel !), j’en sais quelque chose : partie trop tard ce matin, j’étais dehors quand le déluge dorénavant quotidien m’est tombé sur le coin de la tronche. Et là, mes chaussures rangées sous le radiateur, mon manteau, mon sac, mon écharpe et ma casquette suspendus au porte-manteau, je ne peux malheureusement pas retirer mon jean, détrempé et ai de fortes probabilités de tomber malade… LE DÉLUGE j’vous dis !

Or donc, j’aime l’hiver, c’est beau. C’est propice à la méditation, au renouveau, c’est un cycle parfait pour décider qu’au solstice, on change tout ce qui doit être changé, on évolue, on se concentre sur ce qui compte vraiment. On avance, parce que le futur c’est demain. Et tout ça. Mais. Bah oui, y’a forcément un mais, té, peuchère. Mais voilà, j’ai un psychisme plutôt fragile, moi, pauvre fillette coincée dans un monde de brute et un corps qui vieillit tout seul sans me demander mon avis. Et l’arrivée de l’automne, puis de l’hiver, ça entraîne un certain nombre de choses (genre, déficit en vitamines D, mode hibernation enclenché alors que tout le monde doit aller bosser pour ramasser des sous pour retourner bosser, campagne politique agressive de tous les candidats et les non-candidats, informations terrifiantes ou négatives omni-présentes partout, ce genre de trucs) pas très réjouissantes, qui me plongent dans la déprime.

D’autant plus alors que je reviens d’un magnifique voyage d’un mois en Nouvelle-Calédonie, sous un soleil rayonnant, un ciel bleu azur, une mer bleu turquoise, la bonne humeur, la joie familiale d’être acceptée par mes beaux-parents… Je n’ai pas eu tout l’automne pour m’y préparer, et le choc fut brutal. En prévision de ce choc, j’avais décidé* de me mettre sous antidépresseur. Comprenez bien, mes antidépresseurs m’ont été conseillés par un super médecin il y a de ça quelques mois, dans un cadre spécifique (je venais de me faire larguer suite à une demande en mariage avec bague et tout, j’étais un peu « à plat », et je me sentais glisser doucement mais certainement vers la dépression) et il s’agit d’antidépresseurs « doux », dont l’accoutumance est plutôt de l’ordre de quelques semaines à gérer, au-lieu de six mois à un an pour un antidépresseur classique (je ne donnerai pas le nom parce qu’il est sans ordonnance et que je ne veux pas que des idiots sans cervelle me lisent par hasard et aillent se l’acheter sans conseil médical). Or, là, je me suis dit que j’allais me faire une petite cure de un par jour pendant deux semaines, là où la dose « normale » est de trois par jour. Tout allait très bien, de fait, j’ai réussi à gérer le retour sans problème, j’étais motivée, j’ai fait plein de trucs, j’ai réussi à me remettre rapidement dans le bain au boulot, bref, bonne idée.

Au bout de deux semaines, comme prévu, j’ai arrêté. Et là, évidemment, mes angoisses sont revenues à la charge, je suis motivée mais moins quand même, et il faut constamment que je fasse gaffe à ce que je pense pour éviter de déprimer à mort. La solution de facilité, ce serait bien évidemment de reprendre les antidépresseurs. Sauf que ça ne va pas comme ça. J’y songeais il y a quelques jours, et j’ai trouvé un parallèle intéressant pour décrire ma façon d’envisager les antidépresseurs.

La vie, beaucoup se la représentent comme une route. Une route à plusieurs embranchements ou pas, une route tortueuse ou pas, une autoroute ou une petite route de campagne joyeuse et fraîche, bref, une route. Sur toutes les routes, il y a des encombrements, des déchets, des cailloux, de la poussière. Certains sont nés avec de bonnes chaussures de marche, d’autres avec juste des chaussettes trouées, et d’autres avec tous types de chaussures encore. De plus, certains, chaussés avec de bonnes chaussures de marche, n’auront finalement que peu d’obstacles à franchir, auront une route plutôt calme, tranquille, au relief tout à fait charmant mais pas dangereux pour un sou. D’autres, en chaussettes, auront une route très agréable aussi, sans trop d’obstacles et, malgré quelques bobos, iront loin. Mais ceux qui, mal chaussés, doivent traverser une route semée d’embûches, vont se retrouver avec les pieds en sang, le moral à zéro, etc. Et même les mieux chaussés, face à une montagne aux arêtes tranchantes, aux angles abrupts, auront toutes les peines du monde à la franchir sans égratignure. Et puis c’est fatigant.

Alors, une personne lambda, qui marche avec des chaussures un peu faiblardes, sur une route légèrement sinueuse, avec quelques cailloux ça et là et un ou deux gros obstacles de temps à autre, ça lui arrive de trébucher. Et quand on trébuche, on a deux choix (enfin, je crois) : rester allongé à pleurer parce qu’on s’est fait mal, ou se relever. Parfois, c’est difficile de se relever. On a l’impression qu’après avoir trébuché, on est tombé dans un trou, dans des sables mouvants, tout ça tout ça. Alors, parfois, on a une main tendue qui arrive à nous en sortir. Mais c’est pas toujours suffisant. On peut avoir besoin d’un muret, d’une corde, de quelque chose. Vu que je parlais de murs dans l’accroche publiée précédemment, je vais garder l’idée du mur. M’embêtez pas.

Un petit muret, c’est bien. On peut s’y reposer, juste le temps de se relever, de dépoussiérer le pantalon ; on s’assoit dessus pour reprendre son souffle, manger un bout et repartir. Mais parfois, les petits murets se transforment en mur, parce que c’est plus facile de suivre un mur, de s’y tenir en permanence, plutôt que de marcher sans appui. Sauf qu’on rate la moitié du paysage, et qu’on ne s’aventure plus hors des sentiers battus, donc on ne découvre plus de nouvelles choses, on ne se fait plus peur, on avance et puis c’est tout.

Parfois même, certaines personnes ont tellement peur d’avancer, qu’elles préfèrent s’entourer de murs, et attendre. Attendre quoi, on ne peut que le supposer, mais en tout cas, attendre. Alors, voilà, les antidépresseurs sont des murs. Comme pour tout, user de temps en temps de la facilité ne fait pas de mal, surtout quand on en a besoin. Mais abuser de la facilité, c’est s’avilir, s’enchaîner à un système, ne plus voir le reste.

Et c’est mâaaaal.

*Oui, je fais de l’auto-médication, je ne vous le conseille pas, il faut toujours aller voir un médecin !!! Mais moi, je me connais, je connais mes symptômes (pour ce qui est chronique, en tout cas), et je sais que c’est dans cet ordre que je procède : prévention via l’auto-médication – si au bout de 3 jours ça ne change pas –> pharmacie et conseils du pharmacien + médocs un peu plus sévères – si au bout de 3 jours ça ne change pas –> médecin. Avec moi, le trou de la Sécu est tranquille…

Note : Je précise tout de même que quand je parle de facilité, ça n’a rien de péjoratif. C’est une facilité, les antidépresseurs, au même titre que le GPS en est une aussi. Il ne s’agit pas de blâmer les gens qui utilisent ces facilités plutôt que de jouer aux super-guerriers, il s’agit plutôt de rappeler que l’aide se doit d’être ponctuelle, précise et mesurée.

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